L’interview

Roberto Sironi révèle à CinemaInfo les secrets de son long-métrage “Film di Notte”. Pellicule présentée dans la section “Cannes Cinéphiles” de la 61ème édition du “Festival International du Film” de Cannes.


“L’idée centrale du film, c’est surtout la participation des figurants…mais c’est un mot que je n’aime pas beaucoup!”


Comment est née l’idée  de la réalisation de “Film di Notte”?
Roberto Sironi:  L’idée de faire un film tournait dans ma tête depuis quelques années! Maintenant, il serait trop long d’expliquer les évènements dans leur évolution. Mais le fait est qu’un jour, j’ai rencontré un monsieur français qui travaille dans le monde du cinéma. À ce dernier, avec grande inconscience, j’ai dit que j’étais en train de faire un film! Le bluff classique. En réalité, il n’y avait aucun film! Sa réponse a été immédiate et il m’a proposé de présenter ce film dans un festival de Cinéma Italien en France! Le monsieur en question me connaissait bien, mais pour d’autres motifs, (je l’avais rencontré au travers de la musique et de la peinture) et je pense que son estime envers moi a été décisive, même si je présume qu’il a deviné que, derrière ma proposition, il y avait une “folie à l’italienne”...mais il est entré dans le jeu, me concédant cette opportunité! À ce point, l’idée de faire un film s’est arrêtée de tourner dans ma tête et est devenu une réalité; j’ai donc décidé de prendre le taureau par les cornes. J’avais seulement deux mois devant moi pour chercher à ne pas perdre cette occasion et surtout la face!  Après diverses péripéties, le film a été soumis à une commission de la mjc Picaud-Studio 13 de Cannes qui a décidé d’insérire le film, non plus dans le Festival du Cinéma Italien, mais dans le cadre de “Cannes Cinéphiles” durant le Festival du Film de Cannes 2008. Je considère tout cela comme un petit miracle, surtout si je pense aux moyens quenous avons eu, au budjet ridicule et au temps que nous ont pris les reprises: environ dix jours! On peut faire beaucoup de choses par inconscience, aussi et surtout dans mon cas, un film! Un bluff sympathique…c’est ainsi qu’est né “Film di Notte”!
Interview  de Simone Pinchiorri  de Cinemainfo
a Roberto Sironi , réalisateur  du long métrage "Film di Notte"
“Film di Notte” est aussi une métaphore sur la vie, comparé à un film, dans lequel nous tous sommes les figurants…
Roberto Sironi: “L’idée centrale du film, c’est surtout la participation des figurants…mais c’est un mot que je n’aime pas beaucoup!” Plus précisément je dirais que le film est un hommage sincère à toutes ces personnes ou personnages qui dans notre société actuelle réussissent encore à suivre leur rêve! Ce monde est fait de protagonisme et de fragiles protagonistes (surtout dans le milieu du spectacle en général); j’ai cru opportun de mettre en lumière l’autre face de la “célébrité”. Celle qui nous concerne tous et dans laquelle tous, indistinctement, nous sommes protagonistes, parce que uniques! Le film , à part les quatre acteurs est interprété par des gens communs qui n’ont jamais fait de cinéma et que j’ai voulu définir les “Acteurs par hasard”. Avec leur passionnante ingénuité, ils ont rendu le film  noble…ils l’ont circonscrit dans la performance la plus naturelle. Je suis encore convaincu que le cinéma reste un art et comme tel, il doit être vécu. Certes, dans le film ,il y a inévitablement un clin-dœil à la vanité. Mais ceci est une autre histoire.


Pouvez-vous nous parler du film? 
Roberto Sironi: Quand on fait des films de ce genre, il faut avoir beaucoup d’amis qui sont disponibles à le faire. Sincèrement, il n’y a pas eu un vrai choix pour former le cast, mais plutôt un recrutement artistique. Au début, je ne pouvais compter que sur les quatre acteurs: Evelina Primo, Tony Rucco, Gianni Lamanna et Daniele Luca. Nous avons toujours été très amis. Il ya toujours eu une estime réciproque entre nous, et nous avons entre autre travaillé ensemble dans le milieu théâtral, pendant pas mal de temps. Ils ont vraiment été à la hauteur de la situation que je définirais impossible! D’autre part, Nello Cioffi m’a aidé dans la réalisation, Andrea Cuscuna et Fabrizio Porcellati pour la partie de la technique, Marie-Paul Chopard et Ivan Raynaud m’ont permis de trouver tous les lieux de tournage et la majorité des “Acteurs par hasard”. Et puis, le vrai moteur de ce projet est Elizabeth Boudjema qui a rendu possible tout ce qui semblait impossible. 


Comment avez-vous réalisé techniquement “Film di Notte” Quelle caméra avez-vous utilisé et quelles méthodes de reprise avez-vous choisi?
Roberto Sironi: Une seule caméra JVC/HD 7EX digitale et comme système de montage: Final Cut sur MacIntosh. Le reste, ce sont les acteurs qui l’ont fait. Connaissant leur talent théâtrale, il me semblait logique, quasiment indispensable de filmer le film comme si la caméra était un œil humain en  train de regarder un évènement…Un peu comme ce qui se passe sur une scène. Donc…tout, ici et tout de suite! Quand on a ainsi si peu de jours de tournage à disposition, la seule chose qui compte est le talent!.


“On dit que pour faire un film, il faut beaucoup d’argent” est une phrase du film. Pouvez-vous la commenter?
Roberto Sironi: La phrase se termine en ces termes: “C’est un mensonge! Pour faire un film, il faut seulement aller en Enfer et y rester un peu…Les meilleurs viennent tous de là.” Et ce “là” n’est pas cité au hasard. Parce que c’est justement de “là” que nous voudrions  tous partir pour aller “là-bas”, c’est-à-dire au Paradis…mais le couloir est très étroit et extrêmement fréquenté Ceci est ma réponse artistique,  plus précisément la réponse d’un artisan de l’immage en mouvement. Je pourrais aussi répondre que toute cette phrase est de la provocation! Certains y verrons l’idée du pari, une polémique contre le pouvoir de l’establishment du cinéma. Les plus malicieux pourraient penser que j’ai  trouvé une  bonne excuse pour protéger le film de toute critique, etc… J’ai simplement pensé qu’il y a  un seul moyen pour faire un film: le faire. Et j’ai seulement pu le faire “là”.


“Film di Notte” est plein de stéréotypes sur les italiens et les français…
Roberto Sironi: C’est le côté comique, humoristique et en même temps mélancolique du film. D’une certaine manière “Film di Notte” porte en lui une histoire de frontière, une tentative  d’immigration artistique…Je connais bien la France , y ayant vécu pour pas mal de temps et, en ce qui me concerne, je pense que les français nous aiment bien, à tel point de sympatiser aussi avec nos défauts…et inversement! Eux et nous sommes  inséparables, comme dans un couple. Donc, il était à peu près indispensable et surtout très divertissant de mettre le couteau dans la plaie!


Que représente la nuit pour vous? Pourquoi avez-vous situé le film à ce moment de la journée?
Roberto Sironi: Comme je dis habituellement: Il y a une seule façon de réaliser un rêve… se réveiller!  Si je devais comparer la nuit à quelque chose, je la comparerais  à une officine, un laboratoire d’alchimiste où un ensemble de circonstances et de facteurs portent inexplicablement à un résultat. “Film di Notte” est un peu cela, tant dans sa construction que dans sa situation! Et puis, c’est seulement la nuit que peuvent arriver  certaines choses, intimes, secrètes, cachées…mais quelque part…incroyables! La nuit est l’officine du rêve.


“Film di Notte” a été projeté à Cannes dans la section “Cannes Cinéphiles”. Comment le public français y a t-il répondu?
Sincèrement, je suis resté stupéfait de l’accueil qu’a reçu le film aussi bien de la part du public que de la part de l’équipe du Studio 13 de Cannes qui, à la fin, a décidé de faire deux projections. Je ne peut pas nier que je craignais que le film puisse faire naufrage dans le “nul”, mais quand le public a applaudi à la fin du film, j’ai éprouvé une sensation de confort, d’émotion ingénue et je pense que les acteurs et une partie de l’équipe qui était présente l’a également éprouvée. En outre, le public français a dû regarder le film avec le sous-titrage, un obstacle parfois ennuyeux.  Disons que pour le baptême du film et le mien en tant que réalisteur, ça ne pouvait pas mieux se passer!


Comment le film sera-t-il distribué?
Roberto Sironi: Pour l’instant, le film est encore “Là” , dans un quelconque couloir très étroit et très fréquenté! C’est là que les coudes entre en jeux, avec des poussées et quelques fois  des bousculades…l’important est de ne pas tomber; comme je l’ai écrit dans “Film di Notte”. Tous les chemins sont les mêmes…..la vrai différence, c’est les chaussures qui la font!


Que pensez-vous de l’actuel panorama du cinéma italien?
Roberto Sironi: Beaucoup de bruit pour rien!  Mais dans tout ce vacarme, il y a toujours quelqu’un qui nous convainc, sussurant qu’un film reste encore un rêve qu’on peut voir au cinéma!.


(publié par Simone Pinchiorri)

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